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05/10/2007

Etape 39 (03/10) – Harakorum – 50 km avant Oulan-Bator

Parvenais pas à m’endormir hier soir … J’ai bien lu quelques contes de Voltaire (quel humour ce gars !), mais ça ne venait pas. Je crois que la voiture n’était pas très horizontale.

Je retrouve bien vite la route que je longeais hier dans l’obscurité et continue de vivre cette interminable frustration : rouler sur des pistes qui longent une superbe route inaccessible ! La journée ne commence pas bien … Elle ne va pas mieux quand je me retrouve à l’entrée d’une ville, là où il ne devait pas y en avoir … Ca fait longtemps que je n’ai pas regardé le GPS (depuis Karakorum), je me suis laissé guider par cette stupide route et quand je découvre que je fonce plein Sud-Ouest alors que je dois me diriger vers l’Est, mon sang ne fait qu’un tour : je me suis trompé ! Et la fatale conclusion qui va avec : je dois faire demi-tour … Je vérifie la possibilité d’une alternative avec la carte, mais non, je fonce plein vers les montagnes.

Demi-tour donc … Par monts et par vaux (parce que s’ils ont creusé déblais et terrassés remblais pour la route, ceux qui doivent prendre les voies parallèles sont bons pour hoqueter au gré des collines !). Je suis d’une humeur massacrante.

Je repasse donc quasi devant mon endroit de bivouac, puis à l’entrée de Karakorum, je distingue une bifurcation sur la route que je n’avais pu remarquer hier soir à cause de l’obscurité, mais surtout je crois PARCE QUE JE N’ETAIS PAS SUR LA ROUTE !

J’ai perdu presque 2 heures, mais au moins j’ai droit à l’asphalte … Ca fait du bien après une semaine de chemins caillouteux, sableux, poussiéreux, trop profondément mouillés, etc. Quelques kilomètres plus loin, une frêle barrière de bois fait office de péage … C’est rassurant : s’ils font payer, c’est que la route est en bon état ! Et ainsi, les cheveux au vent (pour enlever la poussière), à la pépère vitesse de 100 km/h, je vole (presque) vers la capitale … Pendant une bonne heure …

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Et puis cette même frustration m’est imposée, mais plus grande encore : de derrière les talus placés trop judicieusement que pour être dû au seul hasard, j’observe une pure et quasi immaculée route asphaltée d’un noir de pie qui file à travers l’immensité des plaines qui reçoit l’affront de devoir se passer des caresses de mes pneus si délicats. Et je dois assister à son viol par de robustes camions remplis à déborder de cailloux et autres matériaux bruts. Ces ingénieurs mongols sont vraiment de tristes constructeurs. Les voitures légères et inoffensives doivent suivre des pistes tuantes pour leurs frêles mécaniques, tandis que les poids lourds robustes peuvent démolir ce qu’ils viennent de réaliser.

Je m’énerve comme plus depuis bien longtemps. J’injurie (mais personne ne m’entend) tous les camions qui passent. Je suis de très très mauvaise humeur …

Ca dure des heures, il est bientôt le soir et à 60 kilomètres du but, je me trouve un délicieux endroit où me poser. C’est marrant, il m’arrive souvent de parler tout seul à un co-pilote imaginaire, et je me surprends à lui dire : « Regarde, on s’éloigne de la route, on monte vers cette butte apparemment inoccupée et tu vas voir que juste derrière, y’a une yourte avec toute une famille qui va ouvrir grand les yeux quand elle va nous voir débouler ». Et de fait, passé le sommet, je dois freiner pour ne pas emboutir la tente familiale.

Je la dépasse et me trouve un autre vallon un peu plus loin. Quelques minutes plus tard, un vieillard arrive à cheval inspecter mon installation en restant à une distance respectable de 50 mètres. Je mange dehors pour une fois, mais décide de vite tout remballer parce qu’un troupeau de moutons/chèvres déboule droit sur moi les yeux rivés au sol, marchant, broutant. Je termine mon repas du haut du Maggiolina. Trois chiens arrivent alors en scène déviant les bestioles apeurées et font à leur tour inspection du campement. La conserve de thon, restée en bas, leur convient et ils feront, chacun leur tour, marque d’estime en laissant leur délicate signature sur ma roue avant gauche …

Je finis mon repas, me projette un épisode de ma série préférée (mon petit plaisir quotidien) et m’en vais essayer de dormir. Journée éprouvante et Def horizontal : ça devrait aller vite !

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