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05/10/2007

Etape 37 (01/10) – Rivière – Rivière – Rivière – etc. - Tsertserleg

La nuit ne fut pas spécialement bonne … Craindre que le niveau de la rivière va brutalement s’élever et venir emporter le Def (et moi avec) n’est pas une bonne chose à imaginer avant de fermer les yeux. Parce qu’ils ne se ferment pas tout de suite du coup … Ils ont même tendance à se rouvrir fréquemment pour regarder dehors ou bien écouter attentivement le bruit de l’eau qui s’écoule … (écouter avec les yeux ? Ta phrase ne ressemble à rien Fabian …).

Soit. Ce matin, une grande décision doit être prise : faire demi tour (quelle bête expression) ou continuer … J’envisage très sérieusement y descendre en caleçon dans cette satanée rivière et y jauger sa profondeur. Critère ? Si l’eau monte jusque … vous savez où … avec le froid, je n’en aurai plus assez que pour franchir le cours d’eau. Sinon, j’y vais !

Bête critère : mes jambes sont trop longues … J’aurai(s) fuit devant la difficulté bien avant ça …

Il faut dire que mon insomnie m’a permis de distinguer des phares traversant la vallée un peu en aval de ma position. Je décide de m’y rendre à pied et constater de visu s’il n’y a pas une alternative à mon dilemme. Ca a l’air moins grave, mais tout de même … Après avoir relu les conseils de je sais plus qui dans la rubrique « traverser un gué » de mon édition spéciale de Land Rover magazine (ou similaire), je mets le moteur en route et me dirige vers mon nouveau départ.

Avant d’y aller, je me dis sagement que je dois m’attendre à tout moment à devoir rebrousser chemin et que ce que je m’apprête à faire maintenant devra peut-être être repassé dans l’autre sens. Je me dis aussi que plus je monte dans la vallée, plus le cours d’eau devra devenir petit … Mais je me dis enfin, que passé le col, c’est le problème inverse qui se posera …

Comme mon caleçon est resté sec, il faut … plonger !

Différentiel bloqué. Deuxième vitesse enclenchée, j’avance …

Et ça passe !

Plus facilement même que pour les inconscients de cette nuit dont la voiture se plaignait très fort par moments … et puis très faiblement juste après …

Allez, une bonne chose de faite !

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Ca ne dure que quelques kilomètres avant de devoir remettre ça une deuxième puis une troisième fois … Oui, mais ici, il y a plusieurs bras et je me retrouve vite coincé sur une île … Mais quelle journée … J’avance un peu plus loin à la recherche d’un meilleur passage. Le courant est rapide, c’est profond. Je réalise que je n’ai pas droit au plantage, que je suis seul. J'y vais et ça à l’air de passer (ouais, ça secoue, ça patine, j’observe l’eau fleurter avec le bas de ma portière). J’approche l’autre rive quand soudain l’avant de la voiture s’enfonce sous l’eau (au-dessus du pare-choc) et refuse d’avancer plus loin. Zuuuut (désolé Anne, mais ça passe mieux avec du « parler vrai » : Meeeeerde ! Nom de dieu de nom de dieu de nom de dieu de …) ! Vite, vite marche arrière toute et je parviens à me sortir de là et revenir du « bon » côté de la berge.

Je suis désespéré, je prends la difficile décision de faire demi-tour, à moins d’un signe …

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Et v’là mon amoureuse qui passe au loin (vous savez, les petites camionnettes russes toutes rondes …) et qui traverse en aval ! J’essaie de repérer l’endroit, retraverse le premier bras en sens inverse et descend la rivière quelques centaines de mètres. Moui, ça a l’air plus convenable. Et puis, si elle est passée, moi aussi ! Allez, zou !

A ce moment, je ne sais plus si j’ai encore de l’adrénaline … mais je continue l’ascension. Tant que je suis loin du torrent (ou des « rapides », je tends à devenir de moins en moins objectif), c’est ok. Mais quand je me retrouve coincé entre lui et la paroi abrupte de la montagne, je panique à mort …

Mais la rivière devient moins large (Je l’aurai traversée 12 fois (au moins 20 en comptant les tentatives avortées) !) …

Ca continue de monter (cette vallée est interminable) jusqu’au col situé à 2,700 m d’altitude !

Quelques nuages noirs me font la grimace (et m’empêchent de prendre de belles photos de ce décor à dire vrai magnifique !!) et me font craindre une averse qui serait catastrophique …

Le début de la descente est encourageant (je veux dire : pas de cours d’eau ou si petits) … Mais ça se gâte assez vite. Une fois, puis deux et trois etc. Avec chaque fois des montées d’adrénaline terribles et de vraies « sueurs froides » (C’est marrant, c’est comme des frissons très froids qui montent du bas des jambes jusqu’au haut du torse). Puis un pont en bois ! Alleluia ! Bon, son état n’est pas terrible (il faut viser juste avec les roues pour passer sur les planches qui restent), mais ça le fait ! Mais qu’est-ce qu’ils sont plus intelligents, organisés, sérieux de ce côté ci ! Et pourtant j’aurais pu faire la traversée ici … La rivière peut bien grandir, s’approfondir, s’élargir, à partir de maintenant il y a des ponts !

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Et le soleil revient par endroits … Vite, vite en bas et qu’on oublie ce cauchemar …

Mais, mais, … qu’est ce qui se passe ? Pourquoi la piste me mène droit devant cette gigantesque étendue d’eau profonde et qui bouge de droite vers la gauche avec des remous partout ? Quel est le con qui a fait sauter le pont (dont j’aperçois quelques restes sur chaque berge) ? Sérieux, ici c’est encore plus large que d’habitude … Ca passera pas. J’ai beau chercher … Maintenant c’est foutu … Je cherche bien un signe, mais il n’y a rien. Et pourtant je distingue des traces de l’autre côté. Certains l’ont fait ! Je revois ces images de mon magazine où l’eau (la boue) atteint parfois le capot de leur Land, mais c’est pour les pros ça ! Et ils remplacent bougies, injecteurs après. Ils ont des protections radiateurs, pot d’échappement, etc. que je n’ai pas ! Et puis l’expérience aussi ! Et puis ils ne sont pas seuls comme moi ici … Si ils se plantent, y’a un copain avec un treuil et tout le bazar pour le sortir de là …

Je tente une première fois, mais arrivé à la moitié, ça devient trop profond : marche arrière toute (un peu trop rapide et nerveuse je crois, mais comprenez : je stresse !). Après 10 minutes je retente le coup un peu plus à la limite de l’eau calme (donc profonde) et frémissante (donc rochers, donc moins profonde : c’est ma nouvelle théorie !), mais même constat (avec marche arrière encore plus paniquée).

Je suis désespéré de nouveau …

Je grimpe sur l’ancienne culée de pont pour faire une photo et de là distingue un autre passage un peu en contrebas …

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Allez, Fabian, c’est la dernière … Tous les ponts ne sont pas cassés !

Je vous assure que j’en mène inversement large que la rivière (40 m ?).

Cette fois ci, j’arrête de vouloir aller lentement. Si les autres le font, moi aussi, et ce sera sans m’arrêter, à vitesse modérée et constante. Tant pis s’il faut un peu faire rugir le moteur. Je DOIS passer ! Je n’ai de toutes façons plus les nerfs pour recommencer une fois de plus …

Il le faudra pourtant bien encore quelques fois …

Mais quelle journée !

Si j’ai approché de loin les limites du Def, je sens que j’ai frôlé avec les miennes !

Le reste n’est que bosses, cailloux, éboulis, chevaux, vaches, petits trucs genre écureuils, canards, piste qui mène droit sur une yourte (je me suis donc gourré et dois donc demander mon chemin : il y a une bifurcation à 500 m), descente interminable, autres cols à passer, sapins jaunis dans la lumière du soleil, un premier village qui me fait sauter de joie avant de constater que ce n’est pas encore le bon, une fatigue (nerveuse ?) énorme, une envie de restaurant pour ce soir !

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Arrivée surprise (juste au passage d’un col) à Tsertserle, village bâti au creux d’une colline … Pas très beau.

Le premier restau nettoie les restes de ce qui a dû être un mariage ou un truc comme ça. Au deuxième, je remarque très vite un « blanc » et une « locale » attablés. Il y a un Lonely Planet sur la table. Je vais leur dire bonjour. En fait il est australien et elle vient de New York, ils habitent Shangaï et sont en vacances en stop pour une dizaine de jours (doivent avoir mon âge, sans doute un peu plus jeunes) … Ils me proposent de me joindre à eux, ce que je m’empresse d’accepter. On passe un bon moment à discuter de choses et d’autres (genre « Australie ? Désert ? Décembre ? T’es fou ? ») et ils me quittent en me donnant leur carte de visite (« Si tu passes à Shangaï, on te sort »).

Il y a internet juste en face du restau. C’est bourré de gamins qui jouent à des jeux de guerre, et incroyablement lent … Tant pis, je reste 15 minutes.

Il commence à faire noir. Je prends un peu d’essence et quitte la ville par un chemin bien cabossé pour trouver, à la lueur des phares, un endroit pour la nuit.

Je monte bien vite le Maggiolina et plonge sur blog.doc pour raconter ma folle journée !

Commentaires

Oups...
Quand je pense que les quelques expériences avec le Def dans les bois de Grez Doiceau me donnaient déjà le tournis...

Écrit par : Nath | 06/10/2007

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